YOHAN

À Propos

            En cette période de congestion sociale et de fanatisme, il y a urgence à développer des outils de relâchement. C'est dans cette direction que s’est orienté mon travail: utiliser la paréidolie (voir des formes là où il n'y en a pas, exemple: les nuages) pour proposer un mandala mobile, une dynamique qui pousse l’observateur vers le flottement, pour y accueillir des rencontres, des interactions fugaces, des remémorations instinctives.

L'impossibilité de capter la toile dans son ensemble, nous ramène à une vérité oubliée aujourd'hui: nos perceptions sont parcellaires et souvent possessives. En travaillant sur l'accumulation et l'apesanteur, la toile propose l'allègement du présent vers une synergie douce où le regard peint à mesure qu'il découvre.

Les peintures primales de l'art préhistorique cherchent l'impression laissée par "l'autre" et la rencontre structurelle avec le support, la paroi, révèle la présence incarnée dans la matière, sa proximité cachée mais commune. On pourrait supposer que l'homme d'alors ne se sentait pas séparé de son environnement et qu'il cherchait dans tous les "signes" des indications-miroir à sa vie.

Cet aspect, sous la multitude des stimuli extérieurs aujourd'hui, est mis à mal voire impossible car il demande du temps et une certaine neutralité curieuse et bienveillante. Or, c'est le domaine de l'enfance que de se servir de l'imaginaire pour comprendre le concret. Hélas, nous oublions que nous sommes de vieux enfants et qu'être adulte s'est fait en troquant le rêve ouvert contre un savoir limitatif.

"Se libérer du connu", disait Krishnamurti, c'est à mon sens chercher l'impulsion créative, s'ouvrir à l'inconscient.  La remémoration d'un temps passé que nous procure une musique nous permet par l'immédiate reconnexion à l'instant d'alors, d'évaluer en gain ou nostalgie notre présent. C'est pour ceci que je travaille avec des formes symboliques empruntées à l'impressionnisme (les années 1900): elles sont porteuses d'un potentiel émotionnel humaniste et démocratique, du souvenir confus d'une porte s'ouvrant sur un autre monde en devenir à construire, à choisir.

Nous sommes dans une période de l'histoire similaire et c'est dans les résurgences du passé que se manifestent les effets du futur, il faut parfois se souvenir de ce que l’on n’a pas vu pour résister à ce que l'on voit...

Le rêve s'en va vers l'infini par essence, et aujourd'hui elle est chère... Il y a pour moi une boucle temporelle entre la peinture préhistorique et l'approche de Jackson Pollock, une similitude de quête, entre les formes apparaissant à la lueur d'un feu et celles qui, d'un pigment moderne, retournant au geste apparemment le plus simple, proposent dans l'aléatoire des taches un canevas propre à l'inconscient.

J'ai pensé que le pointillisme ne cherchait à l'origine, non point la structure mécanique de la photographie, mais plutôt le mur coloré qui a fait naître les formes. Mais l'effet novateur et moderne de la photographie l'entraînant vers l'aspect technique, comparatif, l'a tué dans l'œuf. L'image chimique "vraie" et toute faite, contre l'image alchimique à inventer. C'est la maturité versus l'innocence. Ce faisant, la photographie a libéré la peinture du devoir de la représentation du réel, c'est leur force et leur faiblesse.

Rimbaud disait "Vouloir attraper les vertiges", je préfère pour ma part qu'ils m'apprennent à voler. Inspiré par le positionnement de l’observateur qui survole l’image dans l’art asiatique ancien, je suis parti de l’idée de Pollock, en pratiquant l'exercice de la sérendipité. J'y cherche comme chez Rorschach une perception individuelle, une symbolique émotionnelle commune impressionniste, une stylisation inspirée de Dufy, Matisse ou d'un Lautrec aimable, bref d'un panthéon décousu en quête d'une chaleureuse empathie. C'est une invitation en perpétuel devenir à ouvrir le coffre à jouets et à se laisser flotter comme l'amoureux des nuages qui passent de Baudelaire.

                                                                                                                  

                                                                                                                              Yohan